Le projet de piscine urbaine de Kinzo au Tilla-Durieux-Park : une leçon d'aménagement
D’après Designboom, l’agence Kinzo Architekten imagine à Berlin une piscine extérieure de 15 mètres par 100 mètres, installée dans l’axe du Tilla-Durieux-Park, près de Potsdamer Platz.

Ce n’est pas une réalisation annoncée, mais une proposition: nuance essentielle quand on regarde un projet aussi spectaculaire. Pour nous qui travaillons les abords de bassin, l’intérêt est ailleurs que dans le simple « grand format »: le dessin montre comment une piscine peut devenir l’ossature d’un espace extérieur entier.
Un bassin qui assume la géométrie du lieu
Le parc est une longue pelouse inclinée, prise entre des îlots urbains denses. Kinzo ne cherche pas à casser cette forme étroite: la piscine la prolonge, comme un canal de nage urbain, avec des lignes d’eau dans toute sa longueur. C’est une réponse assez juste à un dilemme que je rencontre, à une autre échelle, sur les chantiers: faut-il lutter contre la parcelle ou travailler avec elle?
Ici, le bassin donne une direction claire au parc. Il reste de la pelouse pour s’allonger ou circuler, tandis que des gradins et des terrasses en bois prennent place sur le côté ouest. Le bois n’est donc pas traité comme un habillage décoratif posé au dernier moment: il devient un seuil, une assise et un poste d’observation sur l’eau.
Pour une terrasse de piscine, c’est une leçon simple à garder en tête. Les lames, les lambourdes et les niveaux doivent d’abord organiser les usages: sortir de l’eau, s’asseoir, attendre, accéder au vestiaire. Un platelage bien pensé accompagne le bassin; il ne se contente pas de l’entourer.
Le bois comme infrastructure d’usage
Le projet prévoit des assises en terrasses et des vestiaires intégrés dans des volumes plus massifs. Autour, Kinzo ajoute des terrains de padel et de basket, du beach-volley, un espace de calisthenics, une aire de jeux d’eau et une zone commune sous des arbres, avec une longue table.
Ce mélange compte. Une piscine très longue peut facilement devenir un équipement que l’on regarde sans vraiment y rester. En ajoutant des places assises, des activités et des espaces de rencontre, le projet donne des raisons de fréquenter le parc même sans nager. Karim El-Ishmawi, cofondateur de Kinzo, évoque d’ailleurs un « salon » pour Potsdamer Platz.
Sur mes chantiers, je le rappelle souvent: autour d’une piscine en bois massif ou d’un bassin de nage, la circulation ne s’arrête pas au bord de l’eau. Une terrasse doit aussi accueillir les serviettes, les enfants, les repas, les passages et les temps calmes. Le plan de Berlin pousse cette logique jusqu’à l’échelle d’un quartier, mais le réflexe reste le même: dessinons les usages avant de choisir la largeur des lames ou la teinte du saturateur.
Penser la saison avant de poser la première lame
L’élément le plus parlant est peut-être la couverture hivernale envisagée par Kinzo. Durant les mois froids, une membrane translucide couvrirait le bassin sous une succession de nervures courbes en bois. Les nageurs resteraient visuellement reliés aux arbres enneigés et aux façades alentour, tandis que l’ensemble deviendrait lumineux le soir.
Le projet veut ainsi faire vivre le lieu au-delà de l’été, avec notamment un marché de Noël imaginé dans la prairie. Attention toutefois: à ce stade, il s’agit bien d’une vision architecturale sans soutien officiel signalé par les sources.
Mais la bonne question est posée: que devient notre bassin quand la saison change? Dans un extérieur en bois, ça bouge avec le temps, avec l’humidité et avec les usages. Le projet berlinois rappelle qu’un bassin durable ne se résume pas à sa mise en eau: il faut aussi prévoir son rythme annuel, ses espaces de repos et la façon dont le bois accompagnera, saison après saison, la vie autour de l’eau.